Situé près de la frontière canado-américaine, plus précisément à White Rock, en Colombie-Britannique, l’hôpital Peace Arch avoisine un poste frontalier qui ne ressemble en rien à ce que la plupart des gens imaginent. Le terrain environnant est ouvert et couvert d’herbe, tel un parc. Les touristes s’y arrêtent pour prendre des photos. Les gens y déambulent, souvent sans réaliser les risques associés à un poste frontalier international typique. La plupart du temps, l’endroit semble tout à fait ordinaire. Toutefois, dans un lieu international où les gens peuvent se déplacer aussi librement, une situation ordinaire peut changer rapidement. 

Pour Attila Szalay, membre de la GRC, la protection du public a toujours été au cœur de son travail. Originaire de Surrey, en Colombie-Britannique, et fils d’immigrants hongrois travaillants, il a été attiré par une carrière dans les services de police parce qu’elle lui donnait l’occasion de faire une réelle différence dans la vie des gens, souvent pendant les moments les plus difficiles de leur vie. 

Avant de se joindre à la GRC en 2016, il a travaillé sept ans à l’Agence des services frontaliers du Canada (ASFC), où il a acquis une expérience transfrontalière qui s’avérerait plus tard essentielle lors de l’un des appels les plus intenses de sa carrière. 

Le 28 janvier 2019, ce qui a commencé comme un appel de routine à l’hôpital Peace Arch s’est rapidement transformé en une intervention policière à haut risque que le gendarme Szalay n’oubliera jamais. 

Un visage familier 

Un message crépitait à la radio : un véhicule volé puis abandonné avait été trouvé près de la frontière, en lien avec un homicide commis dans l’État de Washington. Le suspect était considéré comme armé et dangereux. Le gendarme Szalay a tapé le nom du suspect sur son téléphone. La photo qui s’est affichée l’a figé sur place. Il reconnaissait ce visage : il avait vu ce même homme plus tôt ce jour-là, s’éloignant à grandes enjambées du stationnement de l’hôpital Peace Arch.  

Sans perdre de temps, le gendarme Szalay s’est mis à fouiller les environs, espérant le repérer. Comme ses recherches n’ont rien donné, il s’est précipité à nouveau vers l’hôpital, avec l’intention d’avertir le personnel et d’aider à sécuriser le bâtiment. Cependant, il s’est retrouvé face à une situation pour laquelle les membres s’entraînent durant toute leur carrière, sans jamais pouvoir vraiment la prévoir. 

Le suspect était assis près de la porte d’entrée de la salle d’attente bondée. 

Image générée par l’intelligence artificielle. À titre illustratif seulement.

Le gendarme Szalay a remarqué autre chose : le suspect avait la main dans la poche de sa veste. 

Une décision prise en quelques secondes 

À ce moment, des années de formation et d’expérience ont pris le dessus. Le risque était manifeste. Le gendarme Szalay croyait que le suspect s’apprêtait à saisir une arme à feu et, avec des personnes innocentes tout autour, une mauvaise décision aurait pu mettre gravement en danger le personnel de l’hôpital et les patients. 

Bien que le gendarme Szalay ne se trouvait qu’à quelques pieds du suspect, il savait qu’il ne pouvait pas procéder à son arrestation en toute sécurité dans une salle d’attente remplie de civils innocents et conscients de rien. Il a plutôt choisi de sortir tout juste de la pièce, de dégainer son arme à feu, de demander du renfort et de surveiller attentivement la situation tout en se préparant à arrêter cet individu dangereux. 

Courir vers la menace 

Lorsque les renforts sont arrivés, le suspect s’est rendu compte qu’il avait été repéré et s’est enfui en courant. 

Image générée par l’intelligence artificielle. À titre illustratif seulement.

Il a traversé l’hôpital et s’est engagé dans un couloir étroit bordé de membres du personnel, de patients et d’autres personnes du public. Le gendarme Szalay l’a poursuivi, sachant que chaque seconde comptait. Si le suspect s’enfonçait davantage dans le bâtiment, le risque pour tous ceux qui s’y trouvaient augmenterait considérablement. 

Dans des moments comme celui-ci, les membres doivent accomplir ce que la majorité des gens ne feront jamais : aller au-devant de la menace, penser clairement sous pression et prendre des décisions en une fraction de seconde, alors que la vie d’autres personnes, ainsi que la leur, dépend de l’issue de la situation. 

Grâce à la rapidité d’esprit et d’action du gendarme Szalay, ses collègues et lui ont appréhendé le suspect dans les couloirs de l’hôpital sans que le public, le suspect ou les policiers eux-mêmes soient blessés. 

Pourtant, même si l’arrestation avait mis un terme à la poursuite, elle ne mettait pas fin au dossier. 

Comme le gendarme Szalay l’a expliqué : « J’ai compris que, comme l’homicide avait été commis dans un autre pays, je ne pouvais pas arrêter le suspect pour ce motif. Je l’ai plutôt arrêté pour entrée illégale au Canada. » 

Après l’arrestation 

L’évènement qui avait commencé dans les couloirs bondés d’un hôpital a pris une tournure beaucoup plus complexe. Le suspect était lié à un homicide commis dans un autre pays, et le gendarme Szalay a récupéré une arme à feu chargée. 

Pour le gendarme Szalay, le volet d’enquête transfrontalière de ce dossier était familier, et son expérience à l’ASFC s’est révélée essentielle. 

L’homicide avait été commis aux États-Unis, ce qui signifiait que l’arrestation ne pouvait pas être traitée comme un dossier canadien habituel. Même après que la menace immédiate eut été maîtrisée, la situation exigeait encore des connaissances juridiques, une conscience des enjeux transfrontaliers et des décisions mesurées quant aux prochaines étapes.

Crédit photo : International Civil Liberties Monitoring Group

« La relation entre la GRC et l’ASFC est extrêmement importante, non seulement dans des affaires très médiatisées comme celle-ci, mais aussi dans d’autres dossiers, a-t-il dit. Nous sommes toujours plus forts lorsque nous travaillons de façon unifiée. » 

Cette coordination a permis de mener le dossier au-delà de l’arrestation, jusqu’à sa conclusion. 

« J’ai été rassuré d’apprendre que le suspect avait été expulsé du Canada, avait été déclaré coupable de ses infractions et que justice avait été rendue dans son pays d’origine, sans que personne d’autre ne soit blessé, parce qu’il avait été appréhendé aussi rapidement. » 

Les actions héroïques du gendarme Szalay ce jour-là lui ont valu une mention élogieuse de l’officier responsable, amplement méritée. Toutefois, pour lui, l’essentiel demeurait d’accomplir le travail que les Canadiens attendent de leurs policiers. 

Le gendarme Attila Szalay (au centre) recevant la mention élogieuse de l’officier responsable.

Le courage derrière l’insigne 

Ce que l’on ne perçoit pas toujours dans des histoires comme celle-ci, c’est tout ce qui se joue au cœur même de la situation : la pression, l’incertitude et le poids écrasant de savoir qu’une décision prise en quelques secondes pourrait marquer toute une vie, pour soi comme pour les autres. 

Comme le gendarme Szalay l’explique : « Chaque jour, les agents de police font face à des situations traumatisantes, stressantes et potentiellement mortelles, mais la population n’en entendra jamais parler dans la plupart des cas. Dans ces circonstances tendues, les agents doivent prendre en une fraction de seconde des décisions fondées sur leur formation et leur expérience. »  

Cette réalité est au cœur du travail policier. On demande aux membres d’affronter le danger, de penser clairement sous pression et de prendre des décisions rapides dans des situations que la plupart des gens ne vivront jamais ou ne comprendront jamais complètement. 

Pour le gendarme Szalay, le courage d’un policier consiste à « affronter avec altruisme un danger évident afin d’aider les autres alors que la plupart des gens s’enfuiraient ou n’interviendraient pas ». 

Dans des situations comme celle-ci, le courage ne se décide pas après coup. Il se manifeste dans la façon dont nos membres agissent en temps réel.