Peu importe l’état de préparation des communautés, les catastrophes naturelles n’attendent pas. Les feux de forêt, les inondations, les tremblements de terre et les tempêtes surviennent sans crier gare; ils prennent de l’ampleur sans avertissement et peuvent avoir des répercussions durables sur les communautés qui se trouvent sur leur chemin. 

Lorsque les Canadiens pensent aux feux de forêt, l’image qui leur vient souvent à l’esprit est celle des pompiers qui combattent les flammes sur la ligne de front. 

Ce travail est certes essentiel, mais il ne représente qu’une partie de l’histoire. 

Derrière les flammes, dans des conditions dangereuses et très instables, les membres de la GRC jouent des rôles essentiels en matière de sécurité publique : coordonner les évacuations, protéger les personnes, sécuriser les communautés et prendre toutes les mesures nécessaires au fur et à mesure que la crise évolue. Tout cela, pendant que leurs propres familles sont évacuées et que leur propre maison est menacée. 

Une voiture de police banalisée de la GRC face à un incendie de forêt à West Kelowna, en Colombie-Britannique.

Dans les coulisses de la catastrophe 

« Lorsqu’un incendie éclate, nous intervenons dès le début », affirme la sergente de la GRC Judith Bertrand, qui a servi comme chef de veille à West Kelowna lors du feu de forêt du ruisseau McDougall survenu en 2023 en Colombie‑Britannique. 

Dans des régions comme l’Okanagan, en Colombie‑Britannique, où les risques de feux de forêt en été sont une réalité constante en raison de la sécheresse du climat, les membres de la GRC sont fréquemment dépêchés sur les lieux de signalement de petits incendies, dont bon nombre sont rapidement maîtrisés. 

Mais ils interviennent tout autrement lors des grands feux de forêt. 

« C’est un travail soutenu et exigeant, dit la sergente Bertrand. Nous établissons et maintenons des barrages routiers pendant de longues périodes, nous communiquons avec les résidents en détresse qui cherchent à accéder à leur domicile ou à récupérer leurs animaux de compagnie, et nous assurons une présence rassurante dans les moments d’incertitude tout en respectant un protocole de sécurité strict pour nous et le public. » 

Dès le départ, les membres sécurisent les scènes, gèrent la circulation, coordonnent leurs efforts avec ceux des partenaires d’urgence et vont de maison en maison pour s’assurer que les résidents quittent les lieux en toute sécurité. Les décisions sont prises en temps réel, souvent lorsque les conditions changent de minute en minute.

Le commandement opérationnel unifié se réunit près de West Kelowna (C.-B.) pour discuter de la planification d’urgence en cas d’incendie.

Pour de nombreux membres, l’expérience est profondément personnelle. Les communautés qu’ils protègent ne sont pas seulement leurs lieux de travail; ce sont des lieux qu’ils connaissent et qu’ils considèrent souvent comme leur chez‑soi. 

Lorsque la situation s’aggrave 

Cette réalité est apparue de façon brutale lors de la saison des feux de forêt de 2023 dans la région de l’Okanagan, en Colombie‑Britannique. 

En août, un incendie de forêt s’est déclaré au nord de West Kelowna et s’est rapidement intensifié. Dans un virage spectaculaire, les flammes ont traversé le lac Okanagan et déclenché de nouveaux incendies près de Kelowna. Ensemble, les incendies du ruisseau McDougall, du lac Walroy et du ruisseau Clarke se sont fait connaître sous le nom de Grouse Complex (en anglais). 

Plus de 15 000 hectares de terrain ont été ravagés par le feu. Plus de 30 000 personnes ont été forcées de quitter leur foyer. Des centaines de structures ont été endommagées ou détruites, dont la plupart étaient des résidences. 

Pour le caporal Marty Walker, un vétéran comptant près de 25 années d’expérience à la GRC et maintenant basé à Kelowna, la rapidité de l’escalade a fait ressortir la célérité avec laquelle les priorités des services policiers peuvent changer en cas de catastrophe. 

« Nous sommes sur appel pour être déployés pratiquement à tout moment afin d’aider les petits détachements », dit-il. 

Lorsque les incendies du Grouse Complex se sont intensifiés, cet appel a été lancé. 

« Les pompiers et les travailleurs de BC Wildfire combattent les flammes, et nous ne sommes qu’à quelques pas derrière eux pour évacuer les gens et les protéger de ce monstre qui s’approche de la communauté. » 

L’un des aspects les plus difficiles de l’intervention a été d’être témoin en temps réel de toutes ces pertes. 

« Vous voyez des gens qui ont travaillé toute leur vie pour leur maison… qui part en fumée en quelques minutes, poursuit-il. C’est l’un des événements les plus traumatisants et inimaginables qu’une personne puisse vivre. » 

Ce que le public ne voit pas toujours, c’est que les membres de la GRC vivent souvent la même catastrophe. 

« J’ai été à des incendies où des membres ont perdu leur maison et ont continué de travailler », déclare le caporal Walker. 

Il se souvient d’un moment qui illustre bien cette réalité : 

« Un membre a demandé quelques minutes pour aller aider sa conjointe à charger son véhicule pendant une évacuation, puis il est revenu immédiatement au travail. » 

Cet équilibre entre le devoir et les impacts personnels est un état avec lequel les membres sont en paix. 

Coordonner le chaos en temps réel 

À mesure qu’un feu de forêt s’intensifie, l’intervention devient de plus en plus complexe. 

En coulisse, les membres de la GRC opèrent dans une structure d’urgence coordonnée aux côtés des services d’incendie, des ambulanciers paramédicaux et des autorités locales. 

Le sergent d’état‑major Duncan Dixon, qui a passé plus de trois décennies dans les services de police de l’intérieur de la Colombie‑Britannique, a vu à quel point les situations peuvent s’aggraver rapidement. 

« Vous déterminez le niveau de risque, puis le chef des pompiers peut dire “évacuez cette zone” », explique‑t‑il. 

Une photo du feu de forêt du mont Law de 2021 à West Kelowna, en Colombie-Britannique, prise de l’arrière d’un véhicule de patrouille.

À partir de là, les membres de la GRC se mettent à l’œuvre sur-le-champ. 

« On n’a pas le temps d’en discuter, dit‑il. Il faut agir tout de suite. » 

Les décisions sont prises rapidement, en fonction de l’évolution du risque, de la géographie et de l’accès. 

« On communique sans arrêt avec le chef des pompiers, ajoute le sergent d’état‑major Dixon. Des centaines d’heures. » 

Cette constante communication assure une coordination méticuleuse des interventions, même si les conditions changent d’heure en heure. 

Évacuations : la responsabilité la plus cruciale 

Les évacuations comptent parmi les responsabilités les plus urgentes et les plus complexes auxquelles sont confrontés les membres de la GRC lors d’un incendie de forêt. 

Les membres avisent les résidents, gèrent la circulation, gardent les voies d’évacuation dégagées et prêtent main forte aux personnes qui ont besoin d’aide pour quitter les lieux. Ils doivent composer avec la réalité émotionnelle de demander aux gens de tout laisser derrière eux. 

« Les résidents veulent retourner chez eux, retrouver leurs animaux de compagnie et ramasser leurs effets personnels, explique la sergente Bertrand. Nous sommes là pour les écouter, leur expliquer la situation et nous assurer qu’ils comprennent le risque. » 

Ces interactions ne sont pas faciles. 

« Les gens sont en détresse, et ça se comprend, poursuit‑elle. Vous leur demandez de quitter leur maison sans savoir ce qu’ils vont retrouver à leur retour. » 

Dans des conditions qui changent si rapidement, il y a souvent peu de temps pour se préparer. 

« Je connais des agents qui ont personnellement transporté des résidents hors des zones touchées lorsque le temps et les circonstances l’exigeaient », ajoute la sergente Bertrand. 

Dans ces moments, il est essentiel de faire preuve de professionnalisme, de sang‑froid et de compassion. 

Cette zone a été recouverte d’un produit ignifuge rouge largué par un avion de lutte contre les incendies forestiers à Peachland (C.-B.) pendant la saison des feux de forêt en 2025.

Créer une structure dans des conditions imprévisibles 

À mesure que les évacuations s’étendent et que les quartiers se vident, les membres de la GRC changent de rôle et voient à maintenir la sécurité et l’ordre dans de grands secteurs. 

Il s’agit notamment d’établir des barrages routiers, de contrôler les points d’accès et de veiller à ce que les équipes d’urgence puissent se déplacer efficacement. 

« Vous créez des zones de barrages routiers et des circuits de patrouille dans la ville », explique le sergent d’état‑major Dixon. 

Ce sont des décisions stratégiques qui changent constamment. 

« Y a‑t‑il une seule voie d’accès? Y en a‑t‑il dix?, ajoute le caporal Walker. Nous avons peut‑être besoin de seulement deux points de contrôle au lieu de dix. » 

Chaque décision a une incidence directe sur la façon dont une communauté peut être évacuée en toute sécurité et sur l’efficacité avec laquelle les intervenants d’urgence peuvent faire leur travail. 

Protéger les communautés après l’évacuation 

Une fois les résidents évacués, une autre phase du travail des services de police commence. 

« Notre travail consistait à nous assurer que notre communauté ne soit pas vandalisée, explique la sergente Bertrand. 

Un véhicule de police éclaboussé de produit ignifuge rouge pendant la saison des feux de forêt à Peachland (C.-B.) en 2025.

Nous avons inculpé des gens pour des introductions par effraction… des gens qui essayaient d’entrer dans les maisons vides pendant une catastrophe et d’en profiter », affirme le sergent d’état‑major Dixon. 

En même temps, leur présence était rassurante pour les résidents déplacés. 

« Nous envoyons le message que votre propriété est en sécurité, que nous sommes ici pour nous en occuper pendant votre absence », ajoute‑t‑il. 

Une seule intervention, de nombreux partenaires 

Les interventions en cas de feux de forêt comportent toujours plus d’un joueur. 

« Il y a le feu, la police, les ambulances… tout se fait en équipe », explique le caporal Walker. 

Cette collaboration est constante et essentielle, et elle est fondée sur la communication, la confiance et la responsabilité partagée. 

Lors d’urgences à grande échelle, ces partenariats permettent aux communautés de réagir efficacement, même dans les conditions les plus imprévisibles. 

Lorsque la fumée disparaît 

À mesure que les incendies sont maîtrisés et que les ordres d’évacuation sont levés, le rôle des membres de la GRC se poursuit. 

« Les décisions de rouvrir les routes et les quartiers sont prises avec soin, explique la sergente Bertrand. Nous voulons nous assurer que tout est sécuritaire et bien coordonné. » 

Pour les résidents, le retour à la maison peut être incertain et émouvant. 

« Les gens qui reviennent font face à l’incertitude, poursuit la sergente Bertrand. Certains n’ont aucune idée de ce qu’ils vont découvrir. » 

Mais entre les moments de chagrin, il y a des moments positifs qui restent gravés dans la mémoire des membres. 

« Pour moi, le fait de voir les gens rentrer chez eux a toujours été marquant. » 

Au-delà de ce qu’on peut voir 

Les catastrophes naturelles au Canada sont de plus en plus fréquentes et complexes. 

Bien que les images illustrent souvent et surtout les flammes et les lignes de feu, elles ne racontent pas toute l’histoire. 

Les membres de la GRC sont sur place pour coordonner les évacuations, protéger les communautés et travailler avec des partenaires pour assurer la sécurité des gens. 

Souvent, ils le font tout en étant confrontés à la même incertitude et aux mêmes pertes que les gens qu’ils servent. 

Même une fois les flammes éteintes, leur travail se poursuit. Ils patrouillent dans les rues tranquilles, protègent ce qui reste et aident les communautés à faire leurs premiers pas vers le rétablissement. 

Parce que lorsqu’une catastrophe s’abat, les membres aident les communautés à se relever des cendres.