Depuis 50 ans, les groupes de l’enlèvement des explosifs (GEE) de la GRC interviennent face à des dangers que la plupart des Canadiens ne verront jamais. Cette série d’articles en trois volets explore les personnes, la philosophie et l’évolution derrière l’une des spécialisations policières les plus exigeantes.

Le deuxième article de cette série de trois examine comment le travail a évolué au cours de la carrière du sergent Jamie Briggs, dont l’expérience met en évidence une vérité fondamentale du GEE: la technologie crée de la distance et non la sécurité, et le succès est mesuré par le fait que tout le monde rentre à la maison.

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Avant que le sergent Jamie Briggs ne se joigne à la GRC en 1980, il avait déjà passé une décennie au sein du groupe tactique d’intervention d’urgence de la GRC. Il se rappelle avoir travaillé en collaboration avec un expert de la GRC en entrée en contexte explosif, qui l’a encouragé à explorer cette spécialisation au sein de la GRC. Jamie a été assermenté à la GRC et est devenu coordonnateur du GEE pour la division H. Il a aussi supervisé l’équipe d’intervention en détection chimique, biologique, radiologique, nucléaire ou explosifs (CBRNE) de la région de l’Atlantique, assumant pendant 17 ans le rôle de seul technicien à temps plein couvrant plusieurs provinces.

Le sergent Briggs donne des directives à un technicien portant une combinaison et un casque de déminage Med-Eng.

Au fil des ans, la technologie a transformé le domaine. La robotique, les rayons X numériques et les outils avancés de détection chimique ont permis aux techniciens des GEE d’évaluer les menaces à distance. Jamie a accueilli favorablement ces innovations, tout en demeurant lucide quant à leurs limites.

« La technologie vous donne de la distance, explique-t-il. Elle ne rend pas le travail sécuritaire. »

Il se souvient d’un appel d’une personne barricadée à Stewiacke, en Nouvelle-Écosse, où un individu a tiré directement sur un robot du GEE.

« Je n’ai pas perdu de membre du personnel, se souvient Jamie. J’ai perdu une caméra. J’appelle cela un succès. »

Tous les dangers ne peuvent toutefois pas être atténués à distance. En 2005, au cours de ce qu’il croyait être une opération de routine impliquant l’élimination de fusées éclairantes marines périmées à Liverpool, en Nouvelle-Écosse, une explosion a secoué un garage sécurisé. Jamie a survécu, mais il a subi des blessures permanentes : une partie d’un doigt arrachée, les tympans perforés et des blessures causées par des éclats dans le haut du corps.

« Si une personne s’était trouvée à mes côtés, raconte-t-il avec calme, elle n’aurait pas survécu. »

Il est retourné au travail quelques semaines plus tard, motivé non pas par la bravade, mais par le sens du devoir. Il n’a toutefois jamais sous-estimé le poids de ces événements sur ses proches.

« J’ai encaissé, explique-t-il. Mais ma femme a porté le poids de cet incident plus longtemps que moi. »

Tout au long de sa carrière, la philosophie de M. Briggs est demeurée simple : pas de héros.

« Tout le monde rentre à la maison, souligne-t-il. C’est la véritable mesure du succès. »

Malgré les risques liés au métier, il repense à l’évolution du GEE avec admiration.

« Lorsque j’ai commencé, nous n’avions qu’une lampe de poche, un revolver et des menottes, se rappelle-t-il. Maintenant, nous avons la robotique, la détection chimique avancée, les rayons X numériques… les capacités dont nous disposons aujourd’hui sont incroyables. »

Mais il insiste sur le fait que même les outils les plus avancés ne remplacent pas l’humain. Chaque appel exige du jugement, de la précision et de la retenue sous une pression intense.

Des garages sécurisés des détachements jusqu’aux résidences où des personnes sont barricadées, la carrière de Jamie Briggs illustre que le travail lié aux explosifs va bien au-delà des compétences techniques. Il est question de responsabilité, de confiance et de préparation, sachant que chaque décision peut faire la différence entre la vie et la mort.

Les leçons que le sergent Jamie Briggs a tirées de sa carrière sont claires : la formation et la technologie sont essentielles, mais la mesure ultime du succès est toujours la même : assurer la sécurité de son équipe et du public, et veiller à ce que tout le monde rentre à la maison.

Avant et maintenant : comment le travail s’est transformé

1970 à 1980

  • Bâtons chauffants et trousses de cordage
  • Combinaisons de protection robustes de type militaire
  • Aucune robotique
  • Plaques pour rayons X à usage unique
  • Distance de sécurité minimale
  • Petites équipes, voyageant souvent seules sur de longues distances
On voit ici un dispositif de neutralisation des explosifs Wheelbarrow utilisé par une équipe du 321 EOD du Royal Logistic Corps (RLC) dans les rues d’Irlande du Nord en 1978. Le Wheelbarrow est un robot télécommandé conçu en 1972 pour être utilisé par les équipes de neutralisation des explosifs de l’armée britannique opérant en Irlande du Nord. Plus de 400 ont été détruits en service, et ils sont considérés comme ayant sauvé la vie de centaines de personnes.

Aujourd’hui

  • Combinaisons de protection légères et perfectionnées issues de la recherche canadienne
  • Technologie robotique spécialisée permettant une manipulation de précision
  • Systèmes de radiographie numérique avec imagerie instantanée
  • Brouilleurs, dispositifs de neutralisation et outils de précision
  • Normes nationales de formation et d’intervention
  • Intégration avec la détection chimique, biologique, radiologique et nucléaire (CBRN)
  • Solides partenariats interorganismes avec les unités de déminage militaires et municipales

La différence est de taille, mais le cœur du travail demeure le même.

L’ingéniosité canadienne sur la scène mondiale

L’une des contributions les plus importantes des GEE a été leur influence sur les normes mondiales de neutralisation des explosifs.

La recherche canadienne a contribué à façonner la conception de combinaisons modernes de protection contre les bombes utilisées dans le monde entier.

Les techniciens canadiens ont élaboré des procédures que d’autres pays ont adoptées.

Un membre de la GRC de GEE utilise un robot tout en portant la combinaison EOD 10E de Med-Eng, fabriquée à Pembroke, en Ontario.

Les GEE canadiens sont réputés pour leur professionnalisme, leur ingéniosité et leur esprit collaboratif.

Encore aujourd’hui, les partenaires internationaux rappellent parfois aux techniciens en canadiens en explosifs:

« Vos méthodes ? Nous les utilisons aussi maintenant. »

À mesure que les outils évoluaient et que les normes se renforçaient, une vérité ne changeait jamais : l’élimination des explosifs est en définitive une question de jugement.

Dans le troisième article de cette série, nous passons au présent – où la coordination nationale, les politiques et le leadership se recoupent – et nous rencontrons les personnes responsables de prendre les décisions les plus difficiles, lorsqu’il n’y a pas de réponses parfaites.