Lorsque des policiers sont tués dans l’exercice de leurs fonctions, le débat ne devrait jamais commencer ni se terminer par la question de savoir si ces décès s’inscrivent dans la moyenne historique. C’était pourtant le thème central d’un récent article de la CBC, reflétant une tendance plus générale qui refait surface chaque fois qu’un policier est tué. Ce genre d’articles et de discussions n’est pas nouveau, mais il faut y mettre un terme. Si l’on réduit les décès de policiers à de simples statistiques, notre regard se détourne de leur véritable impact sur les familles, les collègues et les communautés.
Un policier tué dans l’exercice de ses fonctions, c’est déjà un de trop.
Chaque fois que les médias tentent de présenter ces tragédies comme relevant de la « norme », ils banalisent la violence à l’encontre des policiers. Que ce soit intentionnel ou non, cela peut donner aux lecteurs l’impression que ces décès sont en quelque sorte moins alarmants, car ils ne constituent pas une anomalie statistique.
C’est passer à côté de l’essentiel.
Les policiers tués ces dernières semaines n’étaient pas de simples données statistiques. Ce sont des êtres humains. Ils avaient des conjoints qui attendaient leur retour à la maison, des enfants qui vont désormais grandir sans l’un de leurs parents, des parents en deuil après la perte d’un fils ou d’une fille, et des collègues à qui l’on rappelle une fois de plus que chaque service pourrait être le dernier.

Chaque décès dans l’exercice de ses fonctions provoque une onde de choc au sein de la communauté policière et parmi ceux qui la soutiennent.
Pourtant, cette perspective est souvent négligée dans le débat national.
Trop souvent, la couverture médiatique s’appuie principalement sur des statistiques et des analyses académiques, tout en négligeant les voix de ceux qui vivent cette réalité au quotidien. Les policiers, les services de police et les organisations qui les représentent appréhendent ces tragédies d’une manière qui ne peut être mesurée sur un graphique.
Ils assistent aux funérailles.
Ils soutiennent les familles en deuil bien après les hommages et les condoléances.
Ils reprennent le travail en sachant que les risques n’ont pas changé.
Sans cette perspective, les Canadiens n’ont qu’une vision incomplète de la situation.
Une question plus large mérite également d’être posée.
Si plusieurs infirmières, ambulanciers ou pompiers étaient tués alors qu’ils étaient au service des Canadiens en l’espace de quelques semaines seulement, le débat porterait-il sur le fait de savoir si ces décès s’inscrivaient dans les moyennes historiques ? Ou bien les Canadiens s’attendraient-ils à ce que l’on discute des raisons de ces événements, de leur impact sur les familles et les collègues, et des mesures supplémentaires qui pourraient être prises pour mieux protéger ceux qui travaillent en première ligne ?
Les policiers méritent ce même niveau d’attention et de considération.
Le journalisme a la responsabilité importante de fournir du contexte. Mais ce contexte ne doit jamais se faire au détriment de l’humanité. Il ne doit jamais donner aux Canadiens l’impression que la violence à l’encontre des policiers n’est qu’un risque professionnel prévisible, inscrit sur un graphique.
Les policiers sont conscients des risques liés à leur métier. Ils consacrent d’innombrables heures à s’entraîner aux techniques et à l’utilisation des équipements permettant d’atténuer ces risques, et acceptent néanmoins volontairement cette responsabilité chaque fois qu’ils enfilent leur uniforme et se dirigent vers le danger pour protéger autrui.
Ce qu’ils ne devraient jamais avoir à accepter, c’est l’idée que s’ils sont tués, leur mort perd de son importance parce que des tragédies similaires se sont déjà produites auparavant.
Les Canadiens ne devraient pas non plus tolérer les tueries policières.
La couverture médiatique de ces incidents devrait donner la parole à ceux qui vivent cette réalité au quotidien. Elle devrait non seulement rendre compte de ce qui s’est passé, mais aussi de ce que ces pertes représentent pour les familles, les collègues, les communautés et les Canadiens que ces agents étaient au service de nos communautés.
Parce que chaque chiffre, chaque uniforme, représente une vie.
Et c’est là que le dialogue devrait toujours se situer.